Que des dizaines de milliers de turcs se mettent à crier ” Nous sommes tous des arméniens ” fait aussi chaud que les réactions haineuses - qui se manifestent partout en Turquie - me glaçent.
En attendant le slogan ” Nous sommes tous des meurtriers d’arméniens ” entendu dans certains stades de foot sonne comme un aveu de la réalité du génocide de la part de gens qui sont prêts à tout pour le nier.
Il est vain d’attendre une quelconque révolution des mentalités de la part de gens auxquels on a menti avec assiduité depuis l’enfance tant que l’on ne tarit pas la source du mensonge.
Chacun sait de sa propre expérience, la part d’onirisme associée à tout transport en commun : plongée dans un monde intérieur au milieu de gens qui n’y ont nulle place, mais qui sont là. L’indifférence affichée ne saurait s’abstraire de la promiscuité inhérente à tout transport en commun.
Il s’agit de filmer la scène la plus banale et qui ne s’imprime pas dans la conscience - un métro arrive ou quitte le quai - scène qui est vécue par tous comme un décor qu’on n’appréhende pas en soi.
La caméra va permettre de capter tout ce que l’on a manqué du fait de nos capacités physiques limitées jointes à l’inintérêt foncier d’une telle situation.
La position extérieure et purement opératoire du filmeur lui assure de n’interférer en aucun cas avec ceux qu’il filme. On ne le voit pas et lui ne voit personne. La méthode relève plus des techniques d’imagerie qui font accéder l’œil à ce qui est, de facto, hors de sa portée.
On s’appuie sur le discontinu inhérent à la technique du cinéma qui enregistre une image toutes les vingt cinquièmes de seconde. Si le sujet filmé se meut rapidement tandis que la caméra reste fixe, les deux images successives ne se raccordent pas. Projeté à vitesse lente le film ne saurait donner l’illusion d’un ralenti mais plutôt d’une succession de photos.
L’utilisation de caméras numériques dans ces conditions d’éclairage
génère une image avec un fort niveau de bruit (équivalent informatique du grain de l’argentique) qui unifie l’image telle une texture.
Le flou de l’image conserve à la révélation de l’instant invisible sa part d’indéfini. Le flou dû à la vitesse gomme les différences
– certains diraient les défenses – derrière lesquelles chacun se blottit. En soulignant certains traits, en masquant d’autres, le flou - tel un maquillage – concentre la perception que l’on a d’un être humain. On ne voit d’un inconnu que ce qu’il donne à voir : la part de lumière qu’un visage accroche au milieu de l’obscurité.
Le dérushage se fait image par image. C’est le moment où on découvre ce qui a été réellement filmé. On repère les images intéressantes qui sont transformées en images fixes de quelques secondes dans le continuum du passage de la rame de métro.
Le montage assemble différentes rames en une seule, ponctuée par des images fixes sur le principe du jeu d’enfants : « On s’arrête…. On continue… ». Schématiquement, la progression du film va du réalisme à l’onirisme, des plans éloignés aux gros plans, du net au flou.
La bande-son utilise exclusivement des ambiances enregistrées sur les quais du métro. Elle ne commente pas directement les images ni le rythme du montage, mais progresse de l’ambiance « pure » vers les ambiances manipulées, du réel vers l’onirique. A la différence des images ici tout est affaire de répétitions, de mixage, de traitement afin de transformer imperceptiblement l’ambiance en accompagnement musical.
Au moment où les musiciens gitans des Balkans et du Proche-Orient sont célébrés partout comme des interprètes exceptionnels, il n’est pas neutre de constater que les enfants de ces communautés - sans renier leur culture - sont extrêmement réceptifs au hip-hop ( et à ses dérivés ), c’est à dire à une musique dont la virtuosité se situe sur un tout autre plan que la maitrise d’un instrument traditionnel.
Le cliché qui veut que le hip-hop soit l’expression d’un ghetto qui s’auto-glorifie est passablement réductrice. S’il y en a qui s’en contentent, d’autres se plaisent plutôt à le combattre.
La diversité des participants (acteurs et public ), la juxtaposition de cultures différentes, l’esprit festif et tolérant - qui n’a rien à voir avec le répugnant positivisme new-age -me rappellent qu’être humain c’est avant tout outrepasser les limites dans lesquelles une société enferme ses membres.
Il paraitrait que Pierre Corneille dont c’est le 400ème anniversaire le 6 juin 2006 sera fêté dans la plus grande discrétion vu que Le Cid pourrait faire mal aux oreilles islamistes et - qui sait - déclencher une vague de terrorisme. Nonobstant ces conneries n’oublions pas que Pierre fut plutôt libertin et fin poète. J’ai composé il y a quelques années cette chanson sur un de ses poèmes intitulé “L’Inconstant”.
On me demande : ” qu’as tu envie de faire ? “
Avant tout trouver des occasions pour faire apparaitre ma sociabilité - qui sous-tend sa totale négation lorsque le besoin s’en fait sentir. Il n’y a aucune raison de se sentir insignifiant et sans qualités alors que la messe est dite, redite et redite jusqu’à la nausée.
On me demande : ” que fais tu à Istanbul ? “
Ce que j’y fais n’est pas très différent de ce que d’autres font à Paris
ou ailleurs. Le tout est de savoir où le faire.
Istanbul, sur la majorité des points est très inférieure à Paris :
un chaos qui on ne sait comment s’écoule.
C’est ce “on ne sait comment ” qui s’avère très attachant.
Après le décervelement accompli c’est la moëlle épiniaire qui prend directement le relais. Les plus grossières provocations trouvent un public complaisant ( pour le moins ) et inépuisable. Tu as bien vieilli, derviche.
Bienvenue sur le site consacré aux productions de Gregbaba.
Réalisations videos, picturales et audios.
Gregbaba est né vers le début du XXIe siècle
après un bon demi-siècle passé dans la peau d’un autre.
De cet autre on trouvera quelques traces
dans la catégorie Sélim S’évade.
L’envie de cuisiner les bruits, les paroles, les cris d’animaux
et d’en découdre de nouveau avec l’expérimentation
dans des territoires plus variés que la musique d’inspiration
orientale furent les matrices où se forma Gregbaba.
Tout naturellement la ville d’Istanbul, sidense et qui flotte
depuis tant de siècles sur ses courants contraires, lui fournit l’assurance que Paris lui refusait. Là sont nés des peintures,
des collaborations musicales avec Sami Altindag, et des fotos.
A force de tourner en rond sans idée je me suis remis à la peinture
donc me voilà peintre mais chut une exposition se prépare à Istanbul
et un minimum de sérieux est requis. En attendant l’impression d’un
catalogue qui devrait faire date voici, en avant première, quelques
visages du délit.
Le premier film DV que je réalise en 2004.
A partir d’un texte extrait de “Mon dernier soupir”de Luis Bunuel
qui constitue la bande-son, une mise en résonance avec
des vues prises dans les cimetières parisiens.
Vivant à Istanbul, Sami est certainement un personnage atypique.
Pianiste et chanteur surdoué, il s’est assez rapidement
éloigné de la carrière de musicien dans laquelle tout le
monde l’attendait. Il a mis en avant l’improvisation libre
et la pratique de l’instrument en tant que discipline de vie.
Saxophoniste et clarinettiste au langage unique,
je lui ai proposé d’improviser comme bon lui semblait
sur des compositions préparées à l’avance.
En général il s’agit d’une première prise et dans tous les cas
sans aucun montage ultérieur
Depuis le début des années 80 au sein du groupe AVANOS,
Grégoire Baboukhian et Gilles Andrieux jouaient du saz
( le luth à long manche d’Anatolie ) et chantaient en français
les poètes Hafez,Abu Nuwas, Yunus Emre, Pir Sultan Abdal,
Omar Khayyam.
Leur participation à un film de Med Hondo ( ” Lumière Noire ” )
fournit à Grégoire l’occasion de faire la programmation
rythmique sur la version instrumentale de la chanson-titre
C’est ce morceau qui persuada le producteur Michel Pagiras
de leur commander un allbum pour le label ethnique-world AL SUR.
En 1997 sort l’album “Deli Boys” réalisé par les deux compères
sous le nom de SELIM S’EVADE :
douze compositions originales qui font dialoguer synthés
et ordinateurs avec les instruments traditionnels :
saz, tanbur, bendir, darbuka et
le ney de Dominique Collignon-Maurin.
Critique parue dans le mensuel “L’AFFICHE” :
Le distributeur, dans son catalogue, a cru habile
d’intervertir le nom du groupe
avec celui de l’album pensant sans doute que DELI BOYS
sonnerait plus “boys band” que SELIM S’EVADE.
L’âne désormais délaissé et qu’on rencontre parfois,
abandonné, mourant de soif sur des ilots en méditerrannée
fut longtemps le plus grand braillard de ces régions en même
temps qu’un sacré bandeur. Il n’eut pas son pareil pour
éveiller les consciences sur la sexualité. Prenons ce qui suit
pour un hommage à cet animal méprisé car indispensable.
TACHLIDJA en mp3
L’intro a été enregistré à Taslica en Turquie méridionale
avec l’aide des personnages qu’on voit sur la photo.
La chanteuse qui intervient ensuite est ouzbek
et s’appelle OLGA PONNAGUINE
Elle dit un quatrain d’Omar Khayyam, traduit par mon ami
Joël Bastenaire :
” On dit qu’il y a un paradis avec ses houris
et fleuves de nectar,
et que là-bas on trouve du miel, du vin, du sucre.
Remplis ma coupe et mets la dans ma main
car le comptant vaut cent fois mieux que le crédit. “
RETACHLIDJA en mp3
Ici pas de chanteuse ouzbek. Le même village et des samples
enregistrés aux alentours ( mer, voitures… ) travaillés sous
forme de leitmotiv dans une construction qui s’apparente plus
à un funky tune.